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Quand on regarde par la fenêtre, on s’attend à ce que la nature soit différente, dépendant du temps de l’année. La neige tombe et fond. Les plantes poussent et meurent. Les couleurs de l’automne flamboient, puis perdent leur éclat. Voilà des changements saisonniers naturels que tous remarquent.

Par contre, en vivant dans des endroits comme Resolute Bay, au Nunavut, ou Paulatuk, aux TNO, on ne s’attend pas à ouvrir les rideaux, un bon matin, et à voir une forêt au lieu de la toundra. Mais les forêts se propagent tout doucement vers le nord en raison des changements climatiques. Le territoire change également de forme et se transforme.

Ces changements se produisent lentement et ne se remarquent pas d’une journée à l’autre. Pourtant, le territoire qui nous entoure change! Cette fiche d’information vous présente certains de ces changements.

En voie de disparition : le pergélisol

Le pergélisol est la couche de sol constamment gelée qui recouvre près de la moitié du Canada! Le pergélisol est installé partout où les températures du sol demeurent en moyenne sous zéro (0°C) à longueur d’année. Quand la température est au-dessus du point de congélation, la couche supérieure, appelée zone active, peut fondre. Mais elle gèlera à nouveau quand il fait plus froid.

D’ici 2080, les températures hivernales des surfaces émergées de l’Arctique pourraient grimper de 2.5° à 14°C au-dessus des températures normales. On s’attend à ce que les températures estivales grimpent de 4 à 7,5°C par rapport à ce qu’elles sont habituellement. Donc, il se produira une grande fonte du pergélisol!

Quand des sections riches en glace du sol fondent, cela crée des cavités souterraines. Malheureusement, il n’existe pas de dentiste du pergélisol qui peut venir et remplir ces cavités. Donc, à mesure que la glace fond et que l’eau s’écoule, le sol du dessus s’enfonce et s’effondre dans les cavités. Dans ces nouvelles zones de terres basses, les arbres peuvent tomber; des étangs peuvent se créer. Tout ça peut avoir des conséquences sur la faune vivant dans les parages.

Permafrost

Ainsi, dans certaines régions près de Fairbanks, en Alaska, le pergélisol a fondu sous des régions forestières. Les arbres ont tombé et les nouvelles zones de terres basses se sont remplies d’eau. Donc, maintenant, au lieu de forêts, on trouve dans ces zones de terres humides et des prairies. Ce changement attire l’orignal et les canards qui aiment le nouvel habitat, mais le caribou des bois s’est déplacé plus loin, dans des régions forestières, soit ce qu’il préfère. Cela signifie que les gens du coin ont dû changer leurs pratiques de chasse, en raison du changement des espèces qui les entourent.

Dans le Nord, les gens ont également été témoin de glissements de terrain en raison de la fonte du pergélisol. Comme du glaçage chaud sur le côté d’un gâteau, les falaises humides et fondantes glissent vers le bas. Cela cause plus de dépôts, ou sédiments, dans les rivières et fleuves. Une augmentation des sédiments dans l’eau peut nuire à certaines sortes de poissons, car c’est plus difficile pour eux de respirer. Davantage de sédiments peuvent également ensevelir des zones de frai.

Perte des marécages?

D’une part, la fonte du pergélisol peut créer de nouvelles terres humides (comme celles près de Fairbanks), car les nouvelles basses terres sont crées et se remplissent d’eau. Certains modèles de climat disent que l’Arctique recevra plus de pluie et de neige qu’auparavant.

D’autre part, les températures plus chaudes causées par les changements climatiques pourraient également signifier que les terres humides vont s’assécher, car plus d’eau va s’évaporer parce que les températures s’accroissent. De plus, si le pergélisol sous les terres humides fond, l’eau peut s’écouler rapidement. Si le niveau de l’eau dans les terres humides baisse, les plantes et la faune qui y vivent présentement pourraient avoir bien de la difficulté à y survivre.

Bison Feeding

Pour l’instant, les terres humides recouvrent 14 % du Canada. Une grande partie de ces terres humides se retrouvent dans les Prairies et le sud des TNO, mais également dans le nord du Yukon. Toutes les terres humides du Canada abritent de nombreuses espèces menacées rares. Bon nombre d’oiseaux se tiennent dans les terres humides en été, y ont leurs petits et s’y nourrissent en préparation pour l’hiver.

Il y a quelques années, les Gwich’in de Old Crow ont prétendu que les terres humides de leur région étaient en train de s’assécher. Des scientifiques du gouvernement ont donc examiné les images-satellite de ces terres qui ont une importance internationale, images qui remontaient à 1973 et à 1999. Ces images ont confirmé ce que disaient les Gwich’in : les terres humides de la région de Old Crow Flats avaient perdu environ 6,8 % de leur surface au cours de la période de 26 ans.

Plantes et arbres en déplacement

Quand les plantes et les arbres commencent à se déplacer dans de nouveaux endroits, cela ne signifie pas que vous pouvez vous asseoir devant votre porte et les regarder passer près de chez vous. Mais les arbres ne se déplacent peut-être pas aussi lentement que vous le croyez.

Vivez-vous présentement à l’orée de la forêt boréale? Certains modèles informatiques prédisent qu’une augmentation attendue de température de seulement 0,2°C par décennie pourrait créer des conditions de croissance qui permettraient à la forêt boréale de se déplacer vers de nord sur une distance moyenne de 30 kilomètres chaque 10 ans.

Cependant, d’autres modèles informatiques n’examinent pas uniquement la température et les niveaux d’humidité quand ils essaient de prédire à quoi ressembleront nos forêts dans l’avenir. Ces autres modèles tiennent également compte d’éléments comme les conditions du sol et la façon dont migrent les plantes et les animaux. Ces modèles disent que nous ne pouvons pas vraiment être certains de la vitesse à laquelle les forêts se déplacent vers le nord. Mais on peut dire sans se tromper que la plupart des essences forestières se déplacent vers le nord. À quel vitesse et jusqu’à quel point? Cela reste à déterminer.

Une forêt, ce n’est pas uniquement des arbres!

C’est important de se souvenir qu’une forêt, ce n’est pas uniquement des plantes et des arbres. Par exemple, une forêt en santé a besoin de petits microbes, les bactéries et les champignons, pour que les arbres puissent vivre dans le sol; ces microbes aident à transformer dans le sol les plantes mortes en éléments nutritifs. Ces derniers contribuent à la croissance des plantes vivaces et des arbres.

Certaines personnes croient que les microbes dans le sol ne peuvent pas se déplacer dans le nord aussi rapidement que les arbres et les arbustes. Donc, même si la température plus chaude permettra aux nouveaux arbres et plantes de survivre de plus en plus dans le nord, ils ont besoin des microbes pour que la forêt soit en santé.

La forêt boréale est également composée de plusieurs essences d’arbres et d’espèces végétales. Les graines de quelques-unes de ces espèces se propagent par le vent. D’autres graines sont transportées par les oiseaux et les animaux. Donc, même si la température et les niveaux d’humidité augmentent dans le nord, au fil du temps, le taux de propagation des différentes graines déterminera à quel point et à quelle vitesse la forêt se déplacera vers le nord.

La quantité d’eau, la quantité d’éléments nutritifs dans le sol, la fréquence des incendies et le nombre d’éclosions d’insectes sont également des éléments qui peuvent affecter la vitesse à laquelle la forêt se déplace vers le nord.

Autrement dit, les plantes et les arbres ont besoin de plus qu’une température chaude pour se déplacer vers le nord. Une forêt est un réseau rattaché et toutes les parties du réseau doivent être en mesure de faire le déplacement. C’est pourquoi certains scientistes ne croient pas que les forêts se déplaceront rapidement vers le Pôle Nord.

 

     

Le fait que les écosystèmes forestiers de déplacent vers le nord signifie qu’ils occuperont l’espace présentement occupé par la toundra. Cela affectera les plantes et les animaux qui vivent dans la toundra. Les plantes et animaux de la toundra peuvent se retrouver arrachés de leur milieu en raison des nouvelles forêts et avoir à se déplacer plus vers le nord.

Moss & Lichen

La végétation dans le nord du Canada est déjà en changement dans certaines régions. Des arbustes et une végétation nécessitant plus d’humidité ont été aperçus plus au nord, car le nord reçoit maintenant plus de précipitations de pluie et de neige. Les saules constituent une exemple d’arbustes ayant été observés dans des régions situées plus au nord qu’auparavant. L’orignal s’adapte bien aux régions où les saules et autres arbustes croissent; cet animal profite donc de l’augmentation d’arbustes. On rapporte qu’il y a plus de petits fruits quand la température est humide, ce qui constitue là une bonne nouvelle pour les animaux qui les mangent, y compris les humains.

Par contre, la mousse et le lichen, nourriture importante pour les caribous, sont en déclin en raison des changements climatiques et de la venue d’autres espèces dans leur habitat! C’est là une mauvaise nouvelle pour le caribou et par le fait même, pour les gens et animaux qui mangent du caribou.

Les plantes et les arbres réagissent principalement à deux choses : à la température et à l’humidité. Un bananier ne peut pas survivre à l’extérieur dans le nord, car il fait trop froid. Un pin de Murray ne peut pas survivre près de l’équateur, car il fait trop chaud. Les plantes qui vivent dans le désert ne peuvent pas survivre dans une région côtière humide.

Autrement dit, chaque plante et chaque arbre nécessite une certaine amplitude de température et une certaine quantité d’eau pour survivre. Comme les changements climatiques sont une question de changements de températures et de quantités de précipitations, ils ont nécessairement des répercussions sur nos plantes et nos arbres.

Si les niveaux de température et d’humidité changent rapidement, les plantes ont deux options pour survivre : s’adapter ou se déplacer. Cependant, une plante ne peut pas simplement relever ses racines et aller s’installer dans une région offrant de meilleurs conditions. Si une espèce végétale ou une essence d’arbre ne peut pas s’adapter suffisamment vite aux changements climatiques, ni migrer assez rapidement dans une région qui lui convient mieux, elle risque de mourir. La concurrence pour l’espace provenant d’autres espèces plus récentes peut également causer des problèmes aux espèces locales d’arbres et de plantes.

Avez-vous remarqué des changements dans les plantes et les arbres de votre région? Avez-vous entendu des gens raconter des histoires de nouvelles plantes ou de nouveaux arbustes?


Trop chaud pour être confortable

Les forêts du nord s’appellent les forêts boréales. Elles sont composées d’épinettes, de pins et de trembles. Les forêts boréales sont plus sèches que les forêts des régions tempérées ou côtières que l’on trouve dans les régions plus humides du Canada.

Pour l’instant, les incendies de forêt dans les forêts boréales du Canada brûlent une moyenne de 2,5 millions d’hectares par année. Le feu constitue une composante naturelle du cycle de vie des forêts boréales. Cela aide à façonner le paysage et permet un riche ensemble de forêts jeunes et vieilles, chacune possédant des espèces différentes de végétation.

Cependant, comme les changements climatiques entraîneront des températures plus chaudes, les forêts risquent d’être plus sèches qu’auparavant. Avec des forêts plus sèches, on peut s’attendre à avoir des incendies de forêt de plus en plus gros et de plus en plus fréquents.

Des incendies de forêt plus fréquents et plus gros auront un certain nombre de répercussions. Tout d’abord, si les forêts brûlent plus fréquemment, cela signifie qu’elles n’ont pas l’occasion de vieillir comme elles le faisaient auparavant. Cela a des répercussions sur les oiseaux et les animaux qui sont habitués de vivre dans des forêts âgées et matures, car il y aura de moins en moins de ce genre de forêt. Par exemple, certains oiseaux nichent uniquement dans des trous de vieux arbres morts. Ils ne pourront plus trouver d’endroit où nicher dans les jeunes forêts.

Plus d’incendies de forêt coûte plus cher à combattre; cela constitue une menace pour plus de communautés.

Plus d’incendies de forêt dégagent plus de dioxyde de carbone (un gaz à effet de serre qui suscite les changements climatiques) dans l’atmosphère. Même si les arbres absorbent une grande quantité de dioxyde de carbone quand ils sont vivants (par un processus appelé photosynthèse), quand ils brûlent, ils dégagent une grande quantité du dioxyde de carbone qu’ils ont absorbé (voir la fiche d’information 3).

Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat estime que les deux tiers des forêts boréales pourraient disparaître, en raison des incendies et des insectes, si nous continuons d’émettre autant de gaz à effets de serre dans l’atmosphère.

Et ailleurs dans le monde?

À mesure que la nature change, et qu’apparaissent et disparaissent des plantes et des arbres, les animaux qui vivent dans la nature seront affectés. Pour avoir une meilleure idée de ce qu’aurait à affronter la faune septentrionale en raison des changements climatiques, lisez la fiche d’information 8. Cette fiche donne de l’information 7 sur la façon dont la glace et l’eau sont affectées par les changements climatiques.

Points saillants

  • À mesure que le climat se réchauffe, une partie du pergélisol du nord fondra. Cela fera tomber les arbres et créera de nouvelles terres humides.
  • Même si le nord recevra plus de précipitations de pluie et de neige en raison des changements climatiques, une partie des terres humides s’assècheront ou diminueront, car les températures plus élevées provoqueront une plus grande évaporation de l’eau ou la fonte du pergélisol qui s’écoulera.
  • Les plantes, arbustes et arbres se déplaceront vers le nord avec le réchauffement des températures et du changement des niveaux d’humidité. Cependant, la vitesse du mouvement dépendra d’un certain nombre de facteurs.
  • En se déplaçant vers le nord, les forêts remplaceront la toundra. Cela affectera les plantes et les animaux vivant actuellement dans la toundra.
  • Il y aura des incendies de forêt de plus en plus gros et de plus en plus fréquents avec le réchauffement du climat.

 

 

Vous voulez en savoir plus?

Consultez les sites suivants pour en savoir plus sur les répercussions des changements climatiques sur le nord et le reste du Canada :

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